Locus Brasilis

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Genre :Poésie en espagnol
« Quels sont les vers qui pourraient garder à jamais les amants fugaces, se défaisant dans l’atmosphère ? Quelle ville leur érigerait un monument ? » Ces mots, extraits de Locus Brasilis, marquent le commencement de la découverte d’une poète qui ouvre un nouveau registre dans la poésie latino‑américaine contemporaine.
Ces poèmes démontrent que la poésie ne reconnaît ni langues, ni frontières, ni scénarios autres que ceux dictés par la portée de son souffle. Écrits en espagnol — et non en portugais ou en français, langues dans lesquelles Eliana Machado écrit également — ils révèlent que chaque langue est une manière de sentir, une forme d’affectivité. La poésie devient alors le lieu où cette affectivité se manifeste dans toute son ampleur : dans le soin du détail, la démesure, la compassion et l’érotisme.
Ce qui surprend et émerveille dans cette œuvre, c’est la façon dont elle installe une langue et un lieu au cœur d’une autre langue et d’un autre lieu. Le Brésil y apparaît comme un fait intime, appartenant au cœur le plus profond de notre propre langue.
Divisé en trois parties — Locus Solus, Locus Terribilis et Locus Eroticus — le livre trace une symétrie rigoureuse qui évoque la structure de la Commedia de Dante tout en la transformant. Son Inferno, le Locus Terribilis, se situe au centre : nœud d’une équation entre la nature et l’humain, entre la beauté et la menace. Dans Locus Eroticus, la célébration s’accomplit : la nature devient désir, le désir devient corps, et le corps devient écriture.
Le poème final, Locus Brasilis, se demande quelle ville pourrait garder pour toujours les amants fugaces, et laquelle leur érigerait un monument. La réponse est donnée : ces poèmes sont cette ville et ce monument.
Raúl Zurita, Santiago, 2011